Exposés


Médiation, effectivité, mouvement

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Exposé au séminaire de Bernard Guy, « Épistémologie des liens entre temporalités et spatialités », Université Lyon III – Jean Moulin et École des Mines de Saint-Étienne, séance du 12 avril 2019

Lire entre les lignes, parler à demi-mots, comprendre que « la vérité ne peut que se mi-dire » (Lacan), etc., autant d’innombrables exemples ou circonstances où « Les “Blancs”, en effet, assument l’importance […] » (Mallarmé). Si nous sommes accoutumés à voir (entendre, etc.) ce qui est tracé (prononcé, etc.) « en noir » comme positivité – en un sens général qui va jusqu’à la positivité scientifique –, quelle place cependant, pourrions-nous accorder à ce qui demeure en retrait, comme « en blanc », si nous l’effaçons dans l’ombre tue d’une négativité abyssale ?

Si l’opposition entre « en noir » et « en blanc » évoque l’écriture, c’est cependant creusée et généralisée comme figure archétypique d’une médiation que l’articulation noirs/blancs prend tout son sens. D’une part, les noirs portent la différenciation tandis que les blancs, qui séparent et relient les noirs, sont neutralisés comme indifférenciés ; d’autre part, dire qu’il y a des blancs, c’est comprendre que c’est grâce à ce qui demeure en retrait « dans » une médiation (comme blancs) que cette médiation donne quelque accès (comme noirs) à une provenance supposée. Dans une médiation, ce qui, au recto, conditionne la possibilité d’un rapport à une provenance supposée, se laisse déchiffrer, au verso, comme un effet de limitation qui exclut toute éventualité d’un accès ultime (im-médiat) à cette provenance supposée. Une première approche de l’effectivité consiste à interpréter ce qui demeure en retrait « dans » une médiation comme avoir-lieu, en jouant sur l’équivoque que permet le français entre un prendre place et un accomplissement. D’un point de vue théorique, l’effectivité correspond à de l’avoir-lieu en tant qu’on le « saisit » et qu’on l’abstrait, via une médiation, comme blanc entre deux noirs.

La vertigineuse et pourtant simplissime invention du cinématographe nous permet de toucher du doigt que c’est grâce au fait que les mouvements de la scène filmée ne donnent lieu, en tant que tels, à aucune trace, qu’ils peuvent être « saisis », mais entre les images, laissant ainsi au spectateur, lors de la projection, le soin de fabriquer la sensation de mouvements qu’il n’aura jamais perçus. De manière très générale, elle nous permet aussi de comprendre que, dans la positivité scientifique (mais pas seulement), l’exigence de recueillir des traces (en noir) a pour contrepartie que l’avoir-lieu du phénomène supposé doive s’évanouir (en blanc) entre les mesures ou les observations, laissant à qui interprète ces traces le soin de forger la fiction d’une provenance phénoménale qu’il n’aura jamais pu apercevoir en tant que telle. Faudrait-il alors comprendre que ce soit l’exigence de positivité qui contraigne le mouvement (sans doute à entendre ici au sens fondamental de Bernard Guy) à « éclater » pour qu’il consente à se phénoménaliser ? Faudrait-il en outre rapprocher (quoiqu’en les maintenant à distance) la problématique de cet « éclatement » et celle des formes a priori de la sensibilité dans l’esthétique transcendantale kantienne ?

L’analogie des niveaux

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Exposé au séminaire de Carlos Lobo au Collège international de philosophie : « Phénoménologie de l’analogie et de l’instance de la technique dans la pensée scientifique », séance du 15 mars 2019.

Autant nous avons fréquemment recours à la considération de niveaux, autant nous éprouvons quelque difficulté à les caractériser avec précision. Pour quelles raisons nous croyons-nous obligé, dans certaines circonstances, de recourir à une telle considération ? Que mettons-nous alors en jeu s’il s’agit d’autre chose que d’une manière de parler ? La question est d’autant plus délicate à aborder que nos appareils théoriques habituels – en particulier logiques et mathématiques – sont imaginés comme étant « plats » (l’univers des objets mathématiques est « plat », un alphabet et les assemblages construits à partir d’un alphabet sont « plats », etc.).

Si je ne connais pas « la » réponse à la question des niveaux (je n’écarte pas l’éventualité d’une hétérogénéité irréductible des usages du vocable « niveau »), je peux au moins prendre l’orientation issue d’une expérience particulière pour en déplier diverses ramifications. Cette expérience prend place dans un domaine qui fait un usage particulièrement extensif du vocable « niveau », à savoir l’informatique. Il n’est pas anodin de faire référence à ce domaine pour la question des niveaux, dans la mesure où l’informatique, comme une sorte de cartilage médiateur, permet d’apprécier l’articulation entre un point de vue physique (les ordinateurs sont des dispositifs matériels) et un point de vue littéral (les traitements d’information peuvent être recueillis comme des rapports entre des écritures).

Dans cette perspective, on pourra dire, de manière générale, qu’il y a différence de niveau (écart de niveau, variation de niveau, changement de niveau, etc.) entre deux « niveaux », relativement à l’« à-plat » constitué par l’un des deux « niveaux », quand on juge que l’autre « niveau », lui aussi constitué comme un « à-plat » relativement à ce premier « niveau », ne lui est pas « réductible ». En un mot, il y a différence de niveau quand je juge que je ne peux pas réduire les deux niveaux (les deux à-plat) à un même niveau (à un même à-plat). La difficulté d’une telle formulation tient au fait que les termes qui y interviennent se déterminent les uns les autres : il n’y a différence de niveau (d’à-plats) que relativement à des niveaux (des à-plats), mais il n’y a des niveaux (des à-plats) que s’il y a différence de niveaux, tandis que rien que n’est précisé concernant l’irréductibilité qui garantirait une telle différence.

Il s’agit moins d’une définition que d’un schéma d’interprétation, dont le sens dépend des traductions et des interprétations qui en sont faites, et dont la chair imaginaire nous est d’abord esquissée comme analogie des niveaux : feuilletage de la verticalité d’une différence par opposition à l’horizontalité de l’à-plat spatio-temporel de chaque feuillet. On appliquera ce schéma d’interprétation à plusieurs cas prélevés dans des domaines divers, par exemple : niveaux filmique et fictionnel dans le cinéma, niveaux d’écritures en informatique, finitude effective et ineffectivité.

Le seuil, le blanc

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Présentation au forum « D’un seuil à l’autre », organisé le 17 mai 2018 pour Erasmus Expertise et le Collège international de philosophie par Jacqueline Bergeron, Marc Cheymol et Carlos Lobo.

Dans les harmoniques de la polysémie de « seuil », on peut entendre « entre-deux » qui, à son tour, esquisse de multiples lignes dont certaines décèlent « blanc ». Les blancs de l’écriture en noir et blanc. Approcher d’abord « seuil » comme « blanc ». Dans l’horizontalité plate ordinaire, le blanc se tient entre les « noirs », les sépare en même temps qu’il les relie, et peut scintiller en de multiples éclats : espace, temps, changement, parcours, transition, transformation, traduction, etc., le blanc se tient à la place de l’effectivité, qui est aussi la place de ce qui ne se laisse pas inscrire [en noir] comme condition de l’inscrire. En ce sens, la réserve inépuisable du blanc est condition de possibilité – et limitation – de la finitude inscrite du noir.

Mais cette approche enveloppe une difficulté qui tient au fait que la différence entre « blanc » et « noir » (entre les « deux » et l’« entre » d’un entre-deux, si l’on veut) ne peut être réduite à la distinction entre les « noirs » (entre les lettres, par exemple), car à tenter de hisser l’entre-deux au même niveau que ce qu’il sépare et relie, c’est l’entre-deux lui-même qui devrait s’évanouir. La difficulté est là : y a-t-il « seuil » entre « blanc » et « noir », entre chacun des deux et l’entre-deux ? Cette différence ne peut être conçue dans l’horizontalité d’un à-plat, mais dans le dénivelé d’une variation de niveau. L’horizontalité plane de l’écriture ordinaire doit être en quelque manière équilibrée par une verticalité stratifiée de niveaux : les blancs sont une figure de l’attente et de l’oubli, de la promesse et de la généalogie, toujours en souffrance, guettant dans l’ombre silencieuse la transgression des seuils qui les décèlera, les éveillera et provoquera leur germination. Et c’est alors en retour l’horizontalité plane de l’écriture qui se montre elle-même comme « seuil » au sein de cette verticalité inépuisable. Ainsi demeurons-nous dans la finitude, une finitude inépuisable qui nous garde en quelque manière « exilés » du lieu de l’écriture.

Coupes, niveaux, points de vue (réfléchir les diagrammes)

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Exposé au séminaire de Luciano Boi et Carlos Lobo à l’EHESS « Pensée diagrammatique et philosophie de l’espace ou de l’ars inveniendi des formes », séance du 5 janvier 2017.

Les diagrammes sont principalement abordés selon trois axes : (1) la traduction, qui correspond à la polysémie et aux multiples interprétations auxquelles se prêtent les diagrammes, (2) les niveaux, compris comme des degrés de détermination, qui signifient que les diagrammes fonctionnent [aussi] comme autant de dispositifs optiques permettant de révéler (faire voir) ce qui n’apparaît qu’à un niveau de synthèse déterminé, et (3) l’opposition entre scopique et grammatique, c’est-à-dire l’opposition entre la co-présentation liée à la vision et la linéarité de l’écriture. Le sous-titre – réfléchir les diagrammes – indique qu’on mènera une réflexion sur les diagrammes, mais avec des diagrammes, une manière de faire jouer la réflexion comme une structure régressive.

Espacements (spatialité, temporalité, niveaux et effectivité)

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Exposé au séminaire de Carlos Lobo et Charles Alunni au Collège international de philosophie : « L’espace comme carrefour épistémologique et phénoménologique », séance du 24 mars 2016

C’est comme effectivité que je propose d’approcher l’idée d’un pur avoir lieu (à entendre en un sens autant spatial que temporel). L’effectivité correspond à ce que tous les avoir lieu ont en partage, hors toute chair phénoménale (en particulier spatiale ou temporelle), rien d’autre ni de plus que cela seulement : avoir lieu. À partir des s’accomplir phénoménaux, l’effectivité est obtenue par déphénoménalisation, c’est-à-dire par évanouissement des traits phénoménaux particuliers ; c’est une fine pointe – une manière de limite – où les avoir lieu sont indifférenciés (quant à leur provenance phénoménale) et donc traductibles les uns dans les autres : on comprendra volontiers l’effectivité comme la fine pointe d’un pivot d’articulation, ou comme un invariant pour une traduction transphénoménale. Inversement, l’effectivité prise comme point de départ joue le rôle d’une manière d’étoffe hylétique à l’égard des décisions constitutives pour la détermination des caractères phénoménaux. En quelque manière, les évanouissements de la déphénoménalisation « descendent » ce que les décisions constitutives « remontent ».

En tant que dépourvue de toute chair phénoménale, l’effectivité est imprésentable. C’est un produit de synthèse qui ne se laisse imaginer et recueillir que par le truchement de dispositifs appropriés. L’un des plus répandus est l’écriture. Ainsi la supposition qu’on puisse recueillir quelque chose d’un phénomène comme une écriture (représentation, observation, enregistrement, mesure, etc.) implique l’évanouissement des traits phénoménaux de cette provenance à l’endroit de la médiation que constitue l’écriture ainsi produite. On peut alors comprendre qu’il échoit à chaque interprète de telles écritures de prendre en charge l’effectivité de la provenance en tant qu’effectivité de sa propre interprétation (le s’accomplir déphénoménalisé de son interprétation) de telle manière que cette interprétation puisse être comprise (sous réserve d’éventuelles conditions restrictives) comme une traduction transphénoménale de cette provenance.